extrait nouvelle 1

La soirée d’été s’annonçait chaude et silencieuse. Sylvia éprouva, en cette heure enchanteresse, le désir d’aller arpenter la vaste forêt toute proche. La jeune fille plaça sur la table de la cuisine, comme à l’accoutumée, un message à l’attention de sa mère qui n’était pas encore rentrée. Elle y indiquait, de manière succincte, qu’elle était partie se promener et qu’elle serait revenue avant la tombée de la nuit.

Sylvia se mit en route d’un pas décidé. Elle avait calculé mentalement combien de temps allait durer son parcours : environ une heure trente. Elle traversa les abords du village où les rues étaient bordées de coquettes villas flanquées de petits jardins. Puis elle quitta le monde habité et longea les champs jaunis qui exhalaient un parfum prononcé de foin. L’haleine du soir s’immisçait dans l’atmosphère et répandait des fragrances d’herbe sèche, d’humus et de poussière. C’était l’heure où les bosquets, aux lourdes frondaisons entrelacées, offraient des instants de fraîcheur qui attiraient Sylvia. Le soleil, encore assez haut dans le ciel, glissait paresseusement vers l’horizon et ses rayons vermeils filtraient à travers les branchages, esquissant des touches de lumière dorée sur le sol. La jeune fille atteignit la lisière puis pénétra dans la forêt. Les ramures devenaient déjà plus altières et l’ombre, parsemée par endroits de diamants fugaces, s’épaississait au fur et à mesure que Sylvia avançait. Elle n’était pas impressionnée par ces lieux solitaires et sauvages qu’elle connaissait si bien. Elle les avait très souvent arpentés, depuis sa plus tendre enfance. Pourtant, par moment, des frissons, engendrés par l’inquiétude, parcouraient son corps. Parfois, au détour d’un sentier, ou sous l’effet des lueurs mordorées, qui perçaient çà et là pour se poser sur le chemin, elle apercevait des silhouettes furtives, des mirages, qui s’estompaient au fur et à mesure qu’elle s’en approchait. Étaient-ce des personnages réels, des animaux sauvages, des hamadryades ?

texte protégé par les droits d’auteur – copyright Isabelle GImbault –